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    Multilinguisme

    Les quatre dimensions de la localisation

    Le choix de la localisation d’un site, d’un produit logiciel ou multimedia est effectivement un choix lourd de sens et peut aussi avoir des effets catastrophiques, voire ridicules, si ce processus est mal maîtrisé. Je me permets quelques compléments pour apporter ma petite brique à l’édifice.

    Dimension linguistique

    La localisation en anglais, par exemple, peut paraître simple mais n’est pas évidente du tout. Tout simplement parce qu’il y a plusieurs anglais. Parle-t-on à un Américain, à un Anglais, à un Indien ou à un Européen qui parle ce l’on nomme "l’offshore english" ? Ainsi, par exemple, "centre" se traduit par "center" en américain mais "centre" pour un sujet de sa gracieuse majesté. De même que couleur : "color" pour un américain mais "colour" pour un anglais. Ironiquement, "localisation" se traduit par "localization" outre-atlantique et par "localisation" outre-manche. Les mots " parking " ou " camping " n’existent pas en anglais. On pourrait multiplier les exemples à l’envi. Et cela peut poser aussi problème dans l’autre sens pour la traduction de l’anglais vers le français. Ainsi "suspenders" représente les bretelles pour Georges Bush mais les porte-jarretelles pour Tony Blair. Autre exemple : la corbeille du bureau (desktop) du Macintosh s’appelle "Trash can" aux USA, "Waste basket" au Royaume-Uni et "Rubbish" en... Australie. Il est donc indispensable d’avoir une personne "native" dans l’équipe de localisation.

    Dimension culturelle

    Un autre aspect encore plus fondamental de la localisation concerne les aspects culturels. Ainsi les couleurs peuvent avoir des significations différentes en fonction des cultures. Le noir est la couleur du deuil pour nous Occidentaux ; pour les Japonais, c’est le blanc. Un bonhomme de neige a une connotation hivernale pour nous, mais pour un Africain cela ne représente rien. Un croissant de lune n’a pas la même forme en Europe que dans le Sahara. Ici aussi on pourrait multiplier les exemples concernant les couleurs, les symboles religieux, la nature, les animaux, la représentation de certaines parties du corps qui peuvent choquer certains pays.

    Voici trois exemples vécus il y a quelques années qui auraient pu avoir des résultats catastrophiques...

    - Le premier concerne une fenêtre d’alerte d’un ordinateur lors d’une action potentiellement dangereuse. Cette fenêtre comporte une icône, un message d’alerte et deux boutons - "OK" et "Annuler". Sur les premiers Macintosh, l’icône représentait une main tendue avec les doigts serrés, un peu comme le geste d’un policier qui arrête une voiture. Or faire un tel geste dans la rue à un Grec est extrêmement injurieux. Un peu comme le majeur tendu en l’air (si vous voyez ce que je veux dire...). Lors de la localisation du MacOS pour la Grèce, il a été décidé de changer l’icône par le symbole "STOP" du code de la route.

    - Le deuxième conserve encore une icône, celle des options d’impression d’un document. Pour présenter les différentes possibilités (format de page, inversion, effet de négatif). Une icône de page est présentée. Pour les ordinateurs occidentaux, c’est l’icône d’un petit chien, animal sympathique pour nous. Or pour les pays arabes, le chien est un peu considéré comme un rat chez nous. Lors de la localisation du MacOS pour les pays arabes le chien a été remplacé par un animal plus noble, un cheval.

    - Le troisième est encore plus subtil et peut nous sembler incompréhensible. Il concerne la notion de format de dates dans un tableur. Lors de la localisation d’un tableur au Japon. Les équipes savaient que, dans ce pays, il existe deux sortes de calendrier, le classique comme le nôtre - mondial dirons-nous - et le calendrier impérial qui commence à l’année de début de règne de l’Empereur. Dans ce tableur, une option rendait possible la réinitialisation des dates, soit la remise à zéro du calendrier. Pour un japonais, réaliser cette opération sur le calendrier impérial est une offense extrême car elle revient à nier voire "tuer" l’Empereur (crime de lèse-majesté ultime). Au final, cette option à été supprimée.

    Dimension commerciale

    Tout cela montre qu’il est important de faire attention à chaque détail aussi stupide qu’il puisse paraître. Je ne peux résister à citer cet exemple bien connu de General Motors cherchant à vendre la Chevrolet Nova en Amérique du Sud. Les responsables étaient très déçus des chiffres de vente calamiteux pour une si belle voiture portant le nom d’une étoile, symbole de lumière et de rapidité. Jusqu’au jour où un hispanisant leur a expliqué que "nova", en espagnol, signifie : "ne marche pas" - "no va".
    La marque d’ampoules Osram se demandait pourquoi les revendeurs polonais tiquaient un peu à commercialiser leurs produits...
    Littéralement, en polonais, "os ram" signifie "je te chie dessus".
    Cela dit, et cela m’a été confirmé par une personne d’origine polonaise. En Pologne on a beaucoup d’humour. À l’époque communiste il y avait très souvent une ampoule de marque "Osram" dans la cuisine. Littéralement c’est un peu comme "l’épée de Damoclès". « Nous vivons une époque difficile, mais il pourrait nous arriver pire... »
    Ah les polonais sont des grands en terme d’humour...

    Dimension éthique

    Plus simplement dit, en cas de doute, il vaut mieux se renseigner avant. Si je voulais philosopher un peu je dirais que la localisation est aussi une très belle école de tolérance et de respect. Je ne peux résister à raconter la genèse de "Tintin et le Lotus Bleu". En 1934, Hergé termine "Les cigares du pharaon" après trois précédents albums bourrés de clichés et de stéréotypes (soviets, Congo, Amérique). Il annonce dans le journal que Tintin va poursuivre son voyage vers l’Extrême-Orient. Il reçoit alors la lettre suivante de l’abbé Gosset, aumônier des étudiants chinois à Louvain. "J’ai appris que Tintin va partir pour la Chine. Si vous montrez les Chinois comme les Occidentaux se les représentent trop souvent ; si vous les montrez avec une natte, qui était, sous la dynastie mandchoue, un signe d’esclavage ; si vous les montrez fourbes et cruels ; si vous parlez de supplices "chinois" ; alors vous allez cruellement blesser mes étudiants. De grâce, soyez prudent : informez-vous !" La suite, nous la connaissons - la rencontre et l’amitié avec Tchang Tchong-Jen et Tintin qui devient alors un vrai héros international et un modèle de tolérance et de respect de l’autre, avec le succès que l’on sait.

    Article paru sur le site redaction.be devenu depuis http://yellowdolphins.com.

    Voir ressources : http://yellowdolphins.com/publications/